Deux mythes pernicieux
Réponse à Paul Daniel Muller
Juillet 2011
Dans un texte paru récemment dans La Presse, Paul Daniel Muller écrit sur l'endettement
public. Bien que certains de ses constats soient valides, il y va au passage de
deux affirmations qui sont tout simplement fausses: que le Québec vit au-dessus
de ses moyens autonomes grâce à son appartenance au Canada et à la péréquation,
et que le ratio d'endettement du Québec se compare à celui de la Grèce.
Rectifions les faits pour démonter ces deux mythes pernicieux.
Tout d'abord, le Québec ne dépend pas de la péréquation pour se payer ses
services publics. J'invite M. Muller à lire un document de 2011 produit par le
ministère des Finances du Québec et qui s'intitule Le point sur les transferts
fédéraux. Ce document démontre clairement que si le Québec offre davantage de
services publics que ses voisins, ce n'est pas grâce à la péréquation, mais
bien parce qu'il perçoit davantage d'impôts et de taxes que ses voisins.
C'est un choix que la société québécoise a fait et qui lui permet
d'ailleurs d'afficher le plus bas taux de criminalité en Amérique, ainsi qu'une
plus grande équité sociale que chez nos voisins. Cette paix sociale vaut son
pesant d'or, mais n'est pratiquement jamais prise en compte dans les
classements de richesse relative dont nous gavent les think tanks néolibéraux (et qui sont malheureusement repris pour
pousser les programmes économiques de certaines formations politiques
fédéralistes comme le Parti libéral du Québec, l'ADQ et la coalition de
François Legault).
Un faux argument de dépendance sert incidemment ces groupes fédéralistes en
ce qu'il fait croire aux Québécois qu'ils ne seraient pas aussi riches sans la
«charité» du Canada. La réalité est que si les Québécois récupéraient les
milliards de dollars qu'ils engloutissent annuellement dans les dédoublements
de ministères provinciaux et fédéraux, dans des programmes fédéraux dont ils ne
veulent pas et dans les empiètements inefficaces du fédéral au Québec, et
surtout si tous ces impôts et taxes qu'ils envoient à Ottawa étaient plutôt
concentrés sur le développement de leur propre économie, la fameuse péréquation
canadienne s'avérerait rapidement bien stérile.
Quant à la prétention totalement loufoque de certains «économistes» à
l'effet que le Québec et la Grèce feraient face au même péril fiscal, il faut
cesser de dire n'importe quoi. Le Québec n'est pas plus endetté que la moyenne
des pays de l'OCDE, le regroupement des pays riches et développés, alors que la
Grèce est en faillite technique.
Les marchés obligataires, qui sont le meilleur baromètre de la santé
financière des gouvernements à travers les prix auxquels ces derniers peuvent
emprunter, n'indiquent aucune inquiétude en ce qui a trait au Québec. On exige
actuellement de notre gouvernement un taux d'environ 4% pour lui prêter sur 10
ans. Il en va tout autrement de la Grèce, dont les prix d'emprunt sur 10 ans
approchent les 20%, et dont la courbe des rendements est inversée avec un taux
de deux ans à plus de 30%, ce qui reflète fidèlement sa situation fiscale
désespérée.
Oui, la gestion actuelle des finances publiques au Québec est déficiente et
doit être corrigée au plus vite. Mais sombrer dans l'exagération pessimiste et
en faisant des liens avec la tragédie grecque qui font en sorte de limiter l'enthousiasme
des Québécois pour le projet national, c'est faire usage de malhonnêteté
intellectuelle.
Deux référendums ont été perdus parce qu'on a fait peur aux Québécois avec
des arguments économiques bancals, voire carrément faux. Il est temps que cesse
le mensonge.
Jean-Martin Aussant
Député de Nicolet-Yamaska